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QUESTION DE SOCIÉTÉ

La loi du délit d'entrave à l'IVG

On n'a peu entendu parler de la loi du "délit d'entrave à l'IVG" adoptée en Février 2017 par l'Assemblée Nationale.

Cette loi vise à pénaliser les sites de "désinformation sur l'IVG", mêlant les pires aux meilleurs, ces derniers faisant souvent un travail délicat de sauvetage des mères et des enfants qu'elles voudraient continuer à porter et voir naître.

Lors des débats, rares ont été évoquées des solutions pour que d'autres alternatives que l'IVG soient instituées pour les femmes en difficulté. La vie d'un être humain non né n'est pas reconnue comme telle : constatation révélatrice d'un fait de société qui ouvre la porte à des dérives attendues concernant le respect de la vie et de notre dignité…

Pourtant des voix dans les Eglises chrétiennes et dans quelques traditions spirituelles s'élèvent faiblement au nom de leurs principes fondateurs, mais sans doute pas assez véhémentement pour être entendues et surtout considérées.

Ⅰ – Quelques textes de référence du passé.

Dans la Scholastique et l'Aristotélisme qui ont marqué le Christianisme et ses débuts, l'âme n'habite pas le fœtus. L'Eglise primitive préféra s'appuyer sur les textes suivants (parmi d'autres) pour considérer que l'embryon est un être humain dès sa conception :

 Job 10, 8-12
 PS 139 (138), 13 : "C'est toi qui m'a tissé dans le sein de ma mère"
 Luc 1, 41 dans le récit de la visitation : le fœtus Jean le Baptiste "tressaille de joie" en entendant la Vierge Marie, enceinte de quelques jours de Jésus.

Ces textes montrent combien Dieu se préoccupe avec tendresse de la vie de chacun, y compris dans la vie intra-utérine. C'est pourquoi Il a envoyé Son Fils pour le Salut de Tous, y compris pour les embryons de moins de 12 semaines (1).

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(1) 12 semaines est l'âge limite légal d'une IVG en France. L'embryon avorté a déjà forme humaine.

 

Ⅱ – Dans le Christianisme ancien

Dès 305/306 le canon 54 du Concile d'Elvire (1) décrète l'excommunication des femmes qui ont recours à l'avortement.

Pour Tertullien, Lactaire, Maxime le Confesseur, l'âme pénètre dans le fœtus dès la conception, alors que pour St Augustin d'Hippone l'âme n'est créée que peu après.

Pour Grégoire de Nysse, l'âme étant présente dans la semence du père, elle se trouve de facto donnée par les parents.

Pour les Créationnistes, l'âme, comme il se doit, vient de Dieu, le Créateur, et non des parents : elle est insufflée par Dieu ce qui fit dire aux chrétiens pélagiens qu'elle ne peut être marquée par le péché originel (2).

En 493 le pape Anatase II trancha la question en adoptant la position de St Augustin, qui devint officiellement celle de l'Eglise : l'âme ne vient pas dans le corps selon un principe matériel. Elle est insufflée et est marquée par le péché originel.

Jusqu'au Moyen-âge et avec Thomas d'Aquin prédominera la thèse gradualiste selon laquelle l'animation de l'âme intervient au bout de 40 jours de grossesse comme le stipulaient les Aristotéliciens.

Avec la Renaissance et l'avènement des différentes branches du Protestantisme, les positions se nuancèrent jusqu'à nos jours où la grande majorité des Eglises chrétiennes (ce que nous verrons plus loin) condamne l'avortement fermement telle l'Eglise catholique qui prévoit en ce cas l'excommunication, l'Eglise orthodoxe et les églises évangéliques.
Les Eglises protestantes revoient cette position par le cas par cas.

III – Dans les Eglises Chrétiennes d'aujourd'hui

1) L'Eglise catholique
S'appuyant sur Tertullien, comme vu précédemment, qui affirme au 2ème siècle que le fœtus est déjà un homme en devenir, le concile d'Elvire sanctionne l'avortement par l'excommunication, quelque soit le stade de développement du fœtus.
Ensuite, diverses étapes confirmeront cette décision, chacune apportant un élément nouveau.

 

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(1) Concile ayant eu lieu en Espagne et qui traite du comportement des Chrétiens
(2) D'où la remise en cause par ceux-ci du Baptême et du Salut par la Croix.

 

 

• Au Concile de Vienne (1312), l'Eglise nie la préexistence de l'âme avant le corps : l'âme anime celui-ci. Aucune précision sur le fœtus.

• Le Concile de Trente (1563) précise que l'avortement n'est pas condamné comme meurtre sur un être humain mais comme non respect à l'embryon.

• Du 16ème au 18ème siècle de nombreuses bulles papales traiteront du sujet, justifiant la condamnation de l'avortement par l'excommunication.

• Au 19ème siècle la Papauté privilégiera la thèse de l'animation immédiate sur la définition que l'être humain existe dès sa conception.

• En 1992, le catéchisme de l'Eglise catholique stipule : "Dès sa Conception l'enfant à le droit à la vie" et condamne l'avortement comme "une pratique infâme, contraire à la loi morale", justifiant ainsi l'excommunication, comme délit, contre la vie humaine.
Il est aussi précisé que l'embryon, en tant que personne dès sa conception, doit être défendu dans son intégrité, soigné et guéri comme tout être humain.

• En 2016, lors de l'année de "la Miséricorde divine", le pardon est rendu possible pour les femmes ayant avorté et qui manifestent leur repentir.
Le 21 Novembre 2016, le Pape François déclare "l'avortement comme un péché grave qui supprime une vie innocente". Cependant ce péché, suite à l'année de "la Miséricorde divine" peut être absout afin que personne ne soit exclu du pardon de Dieu (1).

2) L'Eglise Orthodoxe
L'embryon est déjà un homme dans lequel existe l'image de Dieu. Comme toute personne humaine il possède des droits : de vie, de dignité, de respect et l'espoir de l'Eternité.
Sur le plan moral, l'Eglise Orthodoxe rejoint l'Eglise catholique et retient l'avortement comme un meurtre.

3) L'Eglise Protestante
Les protestants historiques comme les presbytériens, épiscopaliens, méthodistes, considèrent l'avortement comme un problème d'éthique selon leur principe de responsabilisation en matière de morale : dans les faits de vie, à chacun de prendre ses responsabilités en conscience.
Si l'avortement est bien un meurtre, pour eux dans le fond, ils acceptent, en général, l'avortement en cas de danger pour la mère.

 

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(1) On compte plus de 200.000 avortements par an en France ; malgré tous les moyens contraceptifs, ce chiffre est stable : inquiétant car de plus en plus de jeunes y ont recours, sans qu'on les ait prévenus des conséquences sur le long terme

 

4) Les Eglises évangéliques condamnent fermement et sans appel l'avortement selon le Décalogue : "Tu ne tueras point".

IV – Dans les autres traditions religieuses spirituelles.

1) Le Judaïsme

Les positions sur l'avortement sont inspirées de la Bible Hébraïque, du Talmud et des décisions des rabbins au cas par cas.
De nos jours, l'opinion juive non orthodoxe (Juifs libéraux), prend en compte le libre choix des personnes, alors que les Juifs traditionnels s'opposent à l'avortement sauf pour protéger la santé de la mère.
Aussi, en Israël où il est interdit pour les femmes de 17 à 40 ans d'avorter, des mobilisations pour la législation de l'avortement, venant de la diaspora et des modèles occidentaux, pourraient faire évoluer la législation prochainement.

2) L'Islam

Selon le Prophète Muhammad, l'âme est insufflée dans le fœtus au terme du quatrième mois de grossesse (= 120 jours).
Avorter au-delà de ce terme est considéré comme un acte d'infanticide dont assimilé à un crime.

3) Le Bouddhisme

Le processus de vie commence dès l'instant de la conception. Ainsi n'y a-t'il pas de différence entre un avortement du 1er trimestre et un avortement tardif.
Le fœtus est considéré comme une personne possédant les cinq agrégats composant l'identité personnelle : la forme, les sentiments, le karma, la conscience…. Selon les cinq préceptes.
L'avortement est donc proscrit puisqu'il s'agit de tuer un être à qui l'on empêche d'atteindre l'illumination ici-bas.

Citons à ce propos le 14ème et actuel Dalaï Lama Tenzin Gyatso qui, en 1992, relativisait une loi jugée depuis adaptable selon la conscience de chacun :
"Il pourrait y avoir des situations dans lesquelles, si l'on sait que l'enfant sera si sévèrement handicapé qu'il subira une grande souffrance, est permissible. En général, cependant, avorter c'est tuer une vie et n'est pas approprié.
"Il ne s'agit pas, ici, d'éliminer une vie par simple confort…..
"Les religions présentes sur cette terre, depuis des millénaires selon la volonté divine, sont garantes du respect et de la défense de la vie, de la dignité humaine ayant pour vocation de rappeler à nos sociétés que les lois des hommes doivent être calquées sur les lois de Dieu pour le bonheur de tous.

"Il est bon d'aider les femmes en difficultés à trouver toutes les solutions qui existent selon leur conscience et qu'il convient de leur rappeler – études médicales et statiques à l'appui – que quoiqu'en pensent nos hommes politiques (1), tuer la vie en soi n'est pas un acte anodin qui laisse des traces que le pardon peut effacer".

Pour conclure :

Ces paroles de sagesse du 14ème Dalaï Lama nous renvoient aux nombreux passages de la Bible où les Juifs s'éloignaient des lois divines pour vivre selon leurs lois, croyant faussement vivre plus libres et plus heureux.

Or, les sociétés qui vivent hors des lois divines en viennent à ne plus se respecter, à perdre le sens de la vie sur terre, de l'Espérance en l'Eternité.
Israël en fut un exemple. Mais chaque fois le Dieu "de Tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d'amour" le redressa(2).

De nos jours ou l'homme-dieu, comme on le constate, se croit au-dessus des lois de la vie, libéré de toutes entraves morales, prenant le virtuel pour le réel, nos sociétés ont perdu peu à peu le sens des valeurs, le respect de l'autre, y compris de l'embryon qui le gêne dans ses projets… l'enfant à venir est devenu soit "un dû" que la science permet en bafouant les lois de la génétique, soit un "objet" encombrant non désiré, donc non respectable, que l'on jette, sans réfléchir et c'est un peu de sa propre vie que l'on méprise ainsi.

Le discours consensuel actuel abonde en ce sens et on entend peu de voix venant des politiques comme des églises(3) rappeler ces préceptes divins seuls capables de conduire vers le bonheur qui ne peut être qu'en Dieu.

A nous, hommes de foi, fidèles aux valeurs christiques, de témoigner avec l'aide de l'Esprit Saint selon les occasions, que tout être vivant, né ou non-né, souffrant de handicap ou bien-portant, d'une autre race ou d'une autre religion, est créé à l'Image et à la Ressemblance de Dieu ; ce qui est acquis et ne peut être remis en cause par quiconque.

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(1) On a pu constater que cette loi fut débattue par un petit nombre d'élus parmi lesquels on a compté que peu de femmes. Or, on sait combien les hommes se sentent peu concernés par cette question qui ne regarde que les femmes à leurs yeux…
(2) PS : 103 (102) : "Bénis Yahvé, mon âme"
(3) Celles-là mêmes qui évitent de nommer Satan, présent derrière tout cela.

octcnd

JoomSpirit