Le mot « ordination » ou « ordinatio » en latin, signifiant arrangement, gouvernement ou organisation a été repris dans le vocabulaire religieux au temps des romains pour qualifier la transmission d’une charge spirituelle.

Cette tradition de transmission s’est perpétrée depuis le IVe siècle avant J.C, jusqu’à nos jours, par Moïse qui ordonna Josué comme son successeur, et par le sacrement de l’ordre pratiqué aujourd’hui.

Le sacrement de l’ordre comprend la transmission d’ordres appelés « Mineurs » ou « Majeurs ».

Les Ordres Mineurs comptent quatre qualités qui sont :
(L’Ordre des Clercs, souvent cité, ne représentant qu’un degré préliminaire)
- Ordre des Portiers
- Ordre des Lecteurs
- Ordre des Exorcistes
- Ordre des Acolytes
Les Ordres Majeurs comptent trois qualités qui sont :
(L’Ordre des Sous-Diacres, comme l’Ordre des Clercs, ne représentant qu’un degré préliminaire)
- Ordre des Diacres
- Ordre des Prêtres
- Ordre des Evêques

Les Ordres Mineurs

Pour suivre le cheminement spirituel au travers de cette organisation, nous allons étudier tout d’abord les Ordres dit "Mineurs". Ce qualificatif leur est attribué par comparaison aux Ordres Majeurs ou "Sacrés". Chacune des ordinations aux Ordres Mineurs se compose d’un avertissement, d’une charge ou "pouvoir", et d’une prière.
(Exemple : le Portier transmet à l’assemblée des fidèles, réunis dans l’église, l’exemple de la religion et du zèle que Jésus-Christ nous a enseigné. Il est ministre et gardien de la maison de Dieu et de ses mystères).

Les ordinations aux différents Ordres, Portiers, Lecteurs, Exorcistes, Acolytes, ont lieu après la première leçon le Samedi des Quatre Temps. Le Dimanche avant le Dimanche de la Passion ne comporte pas de leçon, aussi les ordinations ont lieu le Samedi Saint après le Kyrie Eleïson. Si par dispense du Saint Siège l’ordination a lieu un autre jour que celui prévu par le Canon de l’Eglise, les rites se dérouleront à un autre moment de l’Office.

L’Ordre des Clercs

Il existe un stade intermédiaire, une sorte de stage avant d’entrer dans les Ordres Mineurs, et dans le premier d’entre eux. Il s’agit de l’Ordre des Clercs. Celui-ci n’est pas toujours admis comme l’un des Ordres Mineurs. Jadis, ceux qui prenaient l’engagement de consacrer leur vie au Seigneur, étaient admis préalablement dans cet Ordre afin de découvrir à quoi ressemblera leur future vie spirituelle et de dévotion. Ils devaient se soustraire à une vie mondaine ou matérielle trop tentatrice pour mieux préparer leur engagement au service de Dieu.
Dans ce premier grade, le postulant aura à maîtriser son corps physique, et plus tard lorsqu’il accédera au grade de Portier, ce sont ses propres émotions qu’il devra apprendre à contrôler, puis comme Lecteur son mental, comme Exorciste sa volonté, et comme Acolyte il devra développer son intuition pour s’ouvrir aux influences spirituelles divines. C’est un engagement corps et âme pour le postulant qui entre dans cette voie. Il consacrera totalement son être au Christ et à ses enseignements.

L’Ordre des Portiers

Jadis, on comptait parmi les Portiers les serviteurs chargés de garder les portes du Temple de Jérusalem. Le rôle du Portier consistait en une surveillance des entrées et de l’ensemble de l’enceinte du Temple.
Pour ordonner le Portier, l’évêque fait toucher au postulant les clefs de l’église. Il le conduit et lui fait fermer une porte de l’édifice et sonner une petite cloche. Pour cette ordination, les clefs sont préparées ainsi qu’une petite sonnette au cas on ne leur fait pas sonner une cloche de l’église.

Dans ce grade de Portier, le postulant doit veiller à la pureté de son corps, à sa santé et sa parfaite propreté. Il lui est recommandé de ne jamais oublier que son corps est le Temple du Saint-Esprit. Le rôle principal du Portier consistait à sonner les cloches, ouvrir l’église, ouvrir la sacristie et tenir le livre ouvert devant le frère Prêcheur. Il devait en outre veiller au bon état du mobilier de l’édifice et fermer celui-ci aux infidèles.
Il devait s’efforcer d’ouvrir le cœur des fidèles aux enseignements de Dieu et s’assurer que ceux-ci les mettent en application pour fermer ainsi leur être aux appels du Diable. Le corps du Portier représente symboliquement le Temple de Dieu, aussi il doit lui-même, comme le Temple de pierre, ouvrir son cœur aux fidèles. Les diverses tâches qui incombent au Portier au sein du l’édifice sont aujourd’hui réalisées par le Prêtre en charge de la paroisse.

Lors de l’ordination, l’évêque fait toucher les clefs au Portier en disant :

« Vous devez rendre compte à Dieu des choses qui sont renfermées sous ces clefs. Vous devez garder les clefs de votre cœur pour l’ouvrir aux choses bonnes et nobles et le fermer à Satan. Il sera de votre devoir de Portier de discipliner vos émotions et de les employer au service Divin ».

Après avoir admis les postulants dans l’Ordre des Portiers, l’évêque ajoute :

« De la même façon que vous ouvrirez l’édifice à l’usage des fidèles, de même ouvrirez-vous les portes de votre cœur pour le service de vos frères. Et comme celui qui sonne appelle les hommes au culte divin, ainsi, par le bon exemple, appellerez-vous les hommes au service de Dieu ».

L’Ordre des Lecteurs

La principale fonction qui incombe au Lecteur est de lire à haute voix ou de chanter les leçons, commentées par les Pères de l’Eglise, contenues dans le Lectionnaire (livre contenant des extraits de lecture lus lors des offices et des sacrements).
Les évêques sont chargés de guider et de veiller à ce que les lectures soient éclairées d’explications convenables à l’intention des fidèles.
Durant le rite d’ordination, l’évêque fait toucher le lectionnaire au postulant et lui recommande d’en faire une lecture intelligible, humble et sans aucune altération. Si dans le grade précédent le candidat doit apprendre à contrôler ses émotions, dans celui-ci, il devra apprendre à maîtriser ses forces mentales et son intelligence.

Les lecteurs sont ordonnés le samedi des quatre temps, après la seconde leçon. Si, comme pour les Portiers, les ordinations ne peuvent se tenir le samedi avant le Dimanche de la Passion, les Lecteurs seront ordonnés de suite après les Portiers. Pour cette cérémonie, on prépare le livre des leçons que le Lecteur devra lire à celui qui prêche (ou le chanter, selon le type de cérémonies) et bénir le pain et les fruits nouveaux. Le Lecteur touche le livre des leçons de sa main droite et l’évêque dit :

« En recevant ce livre, soyez lecteurs de la Parole de Dieu. Si vous remplissez fidèlement et utilement votre fonction, vous serez assurés d’avoir part à la récompense promise aux premiers ministres de l’Evangile ».

L’Ordre des Exorcistes

L’exorcisme est l’action par laquelle on condamne, on adjure, on abandonne, on fait prêter serment. Dans la religion, c’est la fonction qui consiste à expulser les forces mauvaises ou les démons ayant pris possession d’un être. L’ordination à l’Exorcisme vise le corps causal. Elle favorise la volonté et donne à l’âme le contrôle le plus complet sur les véhicules inférieurs. Les apôtres reçurent le pouvoir d’exorciser de Jésus-Christ lui-même. Le Baptême est considéré comme un exorcisme ordinaire parce qu’il purifie la personne qui le reçoit.

Ignorés dans l’Ancien Testament, les récits en sont assez fréquents dans le Nouveau Testament. Ils sont relatés lors des guérisons effectuées par Jésus-Christ. Les évangiles mentionnent plusieurs cas d’exorcismes décrits dans les écritures (Marc 1, 23-26 ; 5, 1-15 ; 7, 25-30 ; Luc 13, 11-13 ; Matthieu 12, 22 ; 9, 32-33 ; 17, 14-18).
Le terme de guérison est approprié même si l’on ne distingue pas les cas de maladies ou de possessions parmi ces dernières. Après la résurrection de Jésus, les apôtres savent qu’ils détiennent également la possibilité ou "pouvoir" de guérir en chassant les démons des êtres humains. Ils savent néanmoins que ce "pouvoir" n’a rien de magique mais qu’il est conditionné par le jeûne et la prière.

L’ordination à l’exorcisme se déroule le Samedi des Quatre Temps, après la troisième leçon. Comme pour le Portier et le Lecteur, si le jour ne figure pas au Canon de l’Eglise, la cérémonie aura lieu immédiatement après l’ordination des Lecteurs.

L’évêque prononce ces quelques paroles aux candidats :

« Vous devez connaître le pouvoir que vous recevez. Il vous appartiendra de chasser les démons, de dire aux non-communiants de se retirer, et de préparer l’eau pour le Saint Mystère. Vous recevez aujourd’hui le pouvoir d’apposer les mains aux fidèles, d’y joindre les paroles des exorcismes et la Grâce du Saint Esprit et de chasser ainsi les esprits immondes des corps des possédés.
Pour pratiquer l’exorcisme sans vous exposer vous-même aux attaques du démon, vous devez veiller à purifier votre corps et votre esprit de toute souillure. Apprenez à vaincre vos propres passions afin de n’avoir aucune faiblesse que puissent utiliser les forces du mal ».

L’évêque présente à chaque candidat le livre des Exorcismes, le Pontifical, le Missel ou le Rituel qu’ils touchent successivement de la main droite.

« Recevez, dit l’officiant, ce livre et gravez-en les paroles dans votre mémoire. Ayez le pouvoir d’apposer les mains sur les énergumènes, baptisés ou catéchumènes ».
« Ainsi donc, dit l’évêque, en ces nouvelles fonctions où vous êtes appelés, efforcez-vous avec zèle de vous vaincre vous-même afin d’aider plus efficacement votre prochain à acquérir une domination semblable sur sa faiblesse ».

Après avoir remis aux candidats une épée et un livre, il ajoute :

« Prenez cette épée comme le symbole de la volonté et ce livre comme le symbole de la connaissance. Grâce à eux, vous serez plus fort dans les luttes de l’esprit ».

Aujourd’hui ces rituels sont pratiqués par les Prêtres qui doivent avoir une autorisation de l’Eglise. Les autres actions afférentes aux exorcistes de jadis sont également tombées en désuétude. Autrefois les tentations étaient toutes considérées comme l’œuvre du démon, mais aujourd’hui, nous sommes conscients qu’elles sont en nous à l’état latent et qu’il nous faut lutter contre leurs émergences.

Dès lors que nous progressons sur la voie spirituelle, nos instincts et nos mauvaises habitudes tentent de refaire surface pour nous éloigner de l’idéal de perfection que nous recherchons. Pour y échapper, nous devons faire des efforts constants et assidus. Ayant vaincus nous-mêmes nos passions, nous serons mieux armés pour aider notre prochain dans ce combat contre les forces du mal. Si un individu laisse son corps et son âme se faire harceler par de mauvaises choses il ne peut prétendre aider son prochain. Seul un corps et un cœur purs peuvent lui venir en secours.

L’Ordre de l’Acolytat

Tiré du grec "akolouthos", "suivant" ou "serviteur" qui désignait les porteurs de torches des empereurs romains, les tâches dévolues à l’Acolyte, lors de la Messe, étaient par le passé effectuées par les Clercs, dont nous avons précédemment vu le rôle qu’ils remplissaient lors de l’office. Les enfants de chœur sont qualifiés d’acolytes lorsqu’ils portent les cierges, apportent les burettes d’eau et d’huile et sonnent la cloche.
L’Acolyte est chargé de la mise en place du ou des cierges car il doit, par sa présence et à l’image du chandelier allumé, éclairer l’Eglise par une vie exemplaire. Il porte également les burettes d’eau et d’huile au Saint Sacrifice.
Le candidat est ordonné le Samedi des Quatre Temps, après la quatrième leçon. Si le jour ne tombe pas comme prévu au Canon de l’Eglise, la cérémonie aura lieu après celle des Exorcistes.

Cet Ordre est plus important que les trois précédents car il permet le service du postulant à l’Autel de Dieu dressé pour les offices. Cet Ordre favorise le développement de l’intuition supérieure. Parallèlement au service de l’Autel (matériel), c’est un service pour lequel chacun doit s’offrir en sacrifice à Dieu sur l’Autel (spirituel) de son propre cœur pour lequel les candidats s’engagent.
Depuis l’ordination à l’exorcisme, le postulant doit surtout se consacrer au service d’autrui. En effet, le Seigneur n’a-t-Il pas dit :

« Portez dignement la lumière car le Seigneur serait déçu de voir Sa Lumière être portée par un homme dont la vie comporterait des zones ténébreuses ».

« Que votre lumière luise devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père dans les cieux. Brillez au milieu d’une nation perverse et corrompue comme des astres dans le monde, portant ainsi la parole de vie…Que vos lampes soient toujours ardentes dans vos mains afin que vous soyez des Enfants de Lumière ».

« Celui qui veut être grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir ».

Pour être reçu dans la fraternité de ceux qui veulent servir d’un cœur pur sur l’Autel de Dieu, il faut en être digne par l’exemple et un cœur sincère. L’Acolyte pourra se présenter dignement au service divin après s’être offert lui-même en sacrifice.
Il reçoit la Burette, un Chandelier avec un Cierge. Le rôle qui lui est dévolu est d’allumer les lumières dans l’édifice au nom de Dieu. Cela implique également que la lumière spirituelle de l’homme doit rester constamment visible à autrui. Il doit être l’un des témoins de la Sainte présence de Dieu parmi les fidèles qui forment l’Eglise Universelle.

L’officiant prononce les paroles suivantes :

« Recevez cette burette pour présenter l’eau et le vin destinés au sacrifice du sang de Notre Seigneur. Que la lumière visible que vous porterez dans vos mains soit le symbole spirituel de la Lumière Divine qui éclaire tout homme venant en ce monde ».

On remarque que tous les grades des Ordres Mineurs offrent la possibilité d’une progression spirituelle. A cela s’ajoute l’énergie déversée par l’évêque, lors de l’apposition de sa main, sur la tête du candidat aux Ordres. Chacun des degrés permet une période de travail sur soi et une élévation spirituelle réelle.

Ces différentes charges sont depuis des siècles remplies par des laïcs, des chantres, sacristains, organistes, catéchistes et acolytes (enfants de chœur) qui remplacent les Clercs d’autrefois. Ces fonctions sont vénérables et ce doit être un véritable honneur que d’être appelé à les remplir. Si chaque chrétien devrait être capable de servir lors de l’office, il n’en reste pas moins que c’est un non-sens évident que de laisser les objets liturgiques être manipulés par des personnes non-habilités par une ordination correspondante. Les personnes dévouées au service de leur paroisse devraient être encouragées en ce sens, en recevant les diverses ordinations.

Rappelons que la liturgie est le culte de Dieu ordonné par l’Eglise. Elle s’appuie sur la foi et la Tradition, destinés à nous élever spirituellement par l’exemple Christique jusqu’à notre Père dans les cieux. L’esprit présent dans nos âmes est en réalité une fraction de l’Esprit de Dieu reçue à notre naissance spirituelle. L’Esprit Saint est l’Esprit du Père, et il est l’Esprit du Fils. Il est l’Amour du Père pour ses fils et l’Amour des fils pour leur Père.
Le Saint Esprit est en Vérité notre Esprit, celui que nous recevons au jour du Baptême, comme les disciples le reçurent au soir de la Résurrection et les Apôtres au jour de la Pentecôte.

Saint Paul a dit :

« L’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint. Si quelqu’un ne possède pas l’Esprit du Christ, celui-ci n’appartient pas au Christ. Nous avons reçu, non l’Esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu.
Celui qui nous affermit dans le Christ, et qui nous a oints, c’est Dieu, Lequel nous a marqué d’un sceau et nous a donné à titre d’arrhes le Saint Esprit dans nos cœurs ».

L’Esprit Saint est donné à toute âme chrétienne au jour de son Baptême selon l’enseignement des apôtres Pierre et Paul.
Trésor sublime, unique trésor pour l’amour duquel nous devrions être prêts à tout sacrifier. Qu’importe que tout le reste nous soit enlevé ; richesses, santé, plaisirs de ce monde, etc…, pourvu que ce Trésor Divin nous demeure. Il est l’unique et l’ultime richesse à laquelle nous devons nous attacher désormais car le retour du Christ est proche…

Bibliographie
La Science des Sacrements – Mgr C.W. Leadbeater – Eglise Catholique Libérale – Diffusion St Michel.
Dictionnaire Biblique Universelle – l. Monloubou F. B. du Buit – Ed. Desclée.
Le Dictionnaire de Dieu – Pierre Chavot – Ed. de la Martinière.
Génie du Christianisme Tome I et II – Chateaubriant 1948 – Ed. Flammarion.
Dictionnaire des Symboles – J. Chevalier – A. Gheerbrant – Ed. R. Laffont.
Prière et Cérémonies des Ordinations – Traduit par l’Abbé D*** Chanoine honoraire – Ed. Blot.
Manuel de Liturgie I – II – III – IV – A. de Cuyper – Ed. Abbaye du Mont César.