La vigne est considérée comme un arbre sacré par les différents cultes religieux environnant l’ancien Israël. C’est un arbre sacré, même divin, dont le produit du fruit, le vin, est la boisson ou le « Nectar des Dieux ».

Par mode d’adaptation, Israël regarde la Vigne et l’Olivier comme des arbres messianiques. (Michée ch.4, v.4 ; « Ils demeureront chacun sous sa Vigne et son figuier »). (Zacharie ch.3 v.10 ; « En ce jour-là – oracle du Seigneur, le tout-puissant – vous vous inviterez mutuellement sous la vigne et le figuier). Les anciennes traditions ont identifiés l’arbre du Paradis à une vigne.
La Vigne est l’arbre cosmique du jardin d’Eden puisqu’elle enveloppe les cieux dont les étoiles sont les raisons. La vigne figure l’univers – l’infiniment grand – et également l’homme en devenir – l’infiniment petit. Les textes mandéens emploient le mot vigne pour désigner non seulement l’envoyé céleste, mais encore toute une série d’êtres appartenant au monde supérieur lumineux.

Ainsi, Adam et Eve cachant leur nudité derrière une feuille de vigne représente un symbole très fort et lourd de signification. La feuille de vigne est composée de cinq parties – 5 est le chiffre de l’homme – et nous retrouverons l’homme, 4 membres et une tête, cachant sa honte derrière une feuille détachée de la vigne du Seigneur, comme pour avouer qu’il a cueilli le fruit défendu de l’arbre de la connaissance et que désormais avec l’aide de Dieu il devra expier sa faute jusqu’à reconquérir l’Eden perdu. A l’ombre de la feuille de la vigne du Seigneur, il devra désormais mériter et regagner son accès au Paradis Perdu.

Psaume 128
« Heureux ceux qui craignent le Seigneur et suivent ses chemins !
Tu te nourris du labeur de tes mains
Heureux es-tu ! A toi le bonheur !
Ta femme est une vigne généreuse au fond de ta maison ;
Tes fils, des plans d’oliviers autour de ta table.
Voilà comment est béni l’homme qui craint le Seigneur »

Dans ce psaume la femme est source de vie comme la vigne, et les enfants sont comparés à des oliviers, à cause de l’huile qu’ils produisent. Or l’huile sert à l’onction et les enfants sont la bénédiction de l’homme pieux et sage.
La feuille de vigne cache la grappe de raisin en devenir ; elle abrite sous son ombre le fruit qui va porter le vin, le sang de la terre, le symbole de la vie, comme la Vierge Marie cache dans ses entrailles le fœtus de celui qui deviendra porteur de vie pour les hommes. Le symbolisme de la vigne s’étend à chaque âme humaine en quête de la réintégration dans la sphère divine. Derrière chaque feuille se cache un fruit – potentiellement vrai fils de Dieu - et le Seigneur demande à son fils – le Christ, de visiter sa vigne – son peuple – pour rassembler les bons fruits – la vendange – d’où sera extrait le vin de vie – l’enseignement traditionnel – qui sera donné aux hommes. Mais Malheur aux impies qui soulèvent la réprimande Divine.
La vigne symbolise le vin, la vitalité, le sang, la connaissance. La sève qui la nourrit est comparée à la lumière de l’esprit ; le vigneron est Dieu le Père, la grappe représente la communauté des hommes, les grains sont chacune des âmes. Le vin signifie la vie cachée ou secrète et sa couleur rouge est le signe de la vitalité et du sang physique. La vie étant Energie, le vin et le sang sont rouges et signifient le Feu de l’Esprit. Symbole du Christ, c’est encore l’expression de la huitième Béatitude qui représente la Perfection.

Deutéronome Ch 32, v. 32 à 35
« Leurs vignes sont des vignes de Sodome, des plantations de Gomorrhe ; leurs raisins sont des raisins vénéneux, leurs grappes sont amères. Leur vin c’est du venin de dragon, un cruel venin de cobra. N’est-il pas là ce que je retiens, ce qui est scellé dans mes réserves ? A moi la vengeance et la rétribution, pour le moment où bronchera leur pied, car le jour de leur malheur est proche, ce qui est préparé pour eux ne tardera pas ».
La vigne est aussi le peuple d’Israël ; comme peuple élu, il est la propriété de Dieu, c’est Dieu qui l’a choisi. Dieu y trouve sa joie et en attend des fruits en abondance. Mais ce plant précieux déçoit le Seigneur :

Jérémie Ch 2, v. 21,22
« Moi, je t’avais planté, vignoble de choix, tout entier en cépage franc. Comment as-tu dégénéré en vigne inconnue aux fruits infects ? Même si tu te laves avec la soude et que tu emploies des flots de lessive, la crasse de ta perversion subsiste devant moi ».

Le symbolisme de la vigne se transfère et se récapitule sur le vrai peuple de Dieu et sur celui qui est comme une vigne, le Christ-Jésus. Jésus proclame qu’il est le vrai cep (porteur de la vie) et que les hommes ne peuvent prétendre être la vigne de Dieu s’ils ne demeurent pas en Lui, sinon ils ne sont que des sarments bons à jeter au feu. Le Christ-Jésus deviendra la vigne et son sang le vin de la nouvelle alliance. On considère également que la vigne incarne le symbole de tous les êtres appartenant au Monde Céleste.

Le produit de la vigne, le Vin, est le symbole de la Connaissance. La plupart des textes des évangiles qualifient la vigne de « Royaume des Cieux » dont le fruit est l’Eucharistie qui vivifie et pénètre le corps, l’âme et l’esprit. La vigne, c’est le Seigneur de qui nous devons consommer le fruit, moyennant les soins d’une culture qui se fait par le travail de la raison.

Apocalypse Ch 14, v. 18 à 20
« L’ange préposé au feu sortit de l’Autel et cria d’une voix puissante à celui qui tenait la faucille aiguisée : Lance ta faucille tranchante et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. Et l’ange jeta sa faucille sur la terre, il vendangea la vigne de la terre, et jeta la vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu. On foula la cuve hors de la cité, et de la cuve sortit du sang qui monta jusqu’aux mors des chevaux sur une étendue de 1.600 stades ».

La vigne est l’expression végétale de l’immortalité. La vigne est très généreuse ; cultivée déjà par les égyptiens, les grecs et les romains, elle faisait l’objet d’un commerce important au proche orient ancien.

Genèse Ch 9, v. 20
« Noé fut le premier agriculteur. Il planta de la vigne ».
Les prophètes proclamèrent la préciosité de la vigne ; Amos, puis Osée au IIIe siècle av. J.C, et Isaïe, en -740 -700, dans un somptueux poème :

Le chant du bien-aimé et de sa vigne
« Que je chante pour mon ami, le chant du bien-aimé et de sa vigne ;
Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux.
Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix.
Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir.
Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais.
Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda,
Soyez donc juges entre moi et ma vigne.
Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ?
J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ?
Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire à ma vigne ;
Enlever la haie pour qu’elle soit dévorée,
Faire une brèche dans le mur pour qu’elle soit piétinée.
J’en ferai une pente désolée, elle ne sera ni taillée ni sarclée,
Il y poussera des épines et des ronces
Et j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie.
La vigne du Seigneur, le Tout-Puissant, c’est la maison d’Israël
Et les gens de Juda sont le plant qu’il chérissait.
Il en attendait le droit, et c’est l’injustice,
Il en attendait la justice, et il ne trouve que les cris des malheureux.

Psaume 80, v. 9 à 12
« La vigne que tu as retirée d’Egypte, tu l’as replantée en chassant des nations ; tu as déblayé le sol devant elle, pour qu’elle prenne racine et remplisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et ses pampres, les cèdres divins. Elle déployait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets jusqu’au fleuve ».
La vigne du Seigneur est donc la maison d’Israël. Elle a été transplantée d’Egypte vers la Terre Promise ; mais certains l’ont grappillée et d’autres l’ont brûlée... Esaïe reproche aux hébreux de n’avoir été que les verges d’Israël alors que YAHVE en espérait du vin. Les nouveaux prêtres remplacent ceux qui ont trahi la mission qui leur avait été confiée.

D’autres prophètes se servirent du symbolisme de la vigne en proclamant : « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils ont été agacées ». Ils affirment que la responsabilité d’une faute provient du peuple et non seulement d’un seul individu.

Lors du repas de la Sainte Cène, Jésus reprend le symbolisme de la Pâques juive. Le vin symbolise son sang et le pain son corps qu’il va sacrifier pour le salut des hommes, sur la croix. Le premier miracle de Jésus n’est-il pas l’eau transformée en vin aux noces de Cana. La couleur vineuse, faite de rouge – le vin – et de blanc – l’eau – est une synthèse chtonienne-ouranienne ; c’est le symbole du mariage de l’air (l’âme) et de la terre (l’esprit).

« Moi, je suis la vraie vigne (Jean Ch 15, v. 1 à 17) et mon Père en est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde pour qu’il porte encore plus de fruit ».

Dans le Coran, la vigne est évoquée, non pour le vin qu’elle suppose, mais pour son fruit, le raisin. La 16ème Sourate proclame que vin et vigne sont des signes de Dieu :

« Du fruit des palmiers et des raisins
Vous tirez du vin et une subsistance excellente.
C’est en cela un Signe, pour un peuple qui discerne...

Mangez de tous les fruits...
De leurs entrailles sort une liqueur diaprée
Où les hommes trouvent une guérison ».

Cette guérison concerne l’accès au Paradis pour les fidèles croyants, où couleront quatre boissons – l’eau, le lait, le miel et le vin. Les élus de Dieu pourront goûter un vin merveilleux mélangé à l’eau de Tasmin, source du Paradis. Alors que le vin est interdit sur terre, il est, comme les jeux de hasard et les procédés divinatoires, jugés comme une abomination selon « la Table Servie » (sourate 5, v90).
Le Coran stipule encore que le vin est interdit ainsi que toute forme de drogue. Le vin est une œuvre du démon, au même titre que les jeux de hasard, les pierres dressées aux divinités. Le vin procure un plaisir immédiat, l’ivresse, mais ensuite il génère discorde et haine. Il éloigne également de Dieu car l’ivresse est incompatible avec la prière.

Chez les grecs, la culture de la vigne est de tradition très récente par rapport à celle du blé. La tradition appartient à Dionysos dont le culte a pris une importance plus grande grâce à sa liaison avec les mystères de la mort et ceux de la re-naissance et de la co-naissance.
La vigne est identifiée à l’herbe de vie et le glyphe sumérien pour la vie est ordinairement une feuille de vigne. La Déesse-mère à qui cette plante est consacrée était nommée Mère-Cep de Vigne ou La Déesse-Cep de Vigne.

Le vin est symbole de la vie cachée, de la jeunesse triomphante et secrète. Il est par là, et par sa rouge couleur, une réhabilitation technologique du sang. Le sang recréé par le pressoir est le signe d’une immense victoire sur la fuite anémique du temps...L’archétype de la boisson sacrée et du vin rejoint, chez les mystiques, l’isomorphisme aux valorisations sexuelles et maternelles du lait. Lait naturel et vin artificiel se confondent dans la juvénile jouissance des mystiques.
Le symbolisme de la vigne est si puissant que les bâtisseurs de cathédrales lui ont réservés une place de choix au sein des édifices grandioses que sont les bibles de pierre. L’apparition de la feuille de vigne dans les édifices d’occident date de la fin du XIIe siècle. On le doit vraisemblablement au déroulement des diverses croisades qui ont permis de découvrir les contrées et les peuples du proche et du moyen orient.
Si la vigne existait en occident dans les temps reculés, les bâtisseurs se servirent de son symbolisme pour suggérer toute la grandeur des enseignements christiques et plus que tout pour mettre en valeur toute l’importance de la liturgie eucharistique.

On trouve ainsi des feuilles de vigne sculptées dans de grands comme dans de petits édifices religieux. La géométrie de la feuille de vigne se prête particulièrement bien au symbolisme du nombre « Cinq ». Elle représente le quinaire et géométriquement le Pentagramme. On trouve malgré tout des feuilles de vigne avec seulement 4 lobes ou 6 lobes dans certaines églises. Notons toutefois que là où la feuille est sculptée avec 5 lobes, elle est presque toujours accompagnée d’une grappe de raisins.

Ces deux symboles nous éclairent sur la vision mystique de l’ivresse spirituelle. La vigne évoque aussi l’Amour Divin et la Coupe du Saint Graal. On découvre également des représentations de vigne dans de nombreux vitraux des édifices religieux, notamment pour élaborer des bordures comme à Chartres, sur le vitrail de Notre Dame de la Belle Verrière, où l’on retrouve aussi le raisin qui l’accompagne.

La vigne est comparée également à la Tradition Primordiale car elle peut, durant sa vie terrestre de plusieurs décennies, plonger très profondément ses racines en terre. Dans certaines fissures rocheuses, ses racines peuvent atteindre jusqu’à vingt mètres de profondeur.
Elles traversent ainsi plusieurs strates de roches ou de terre comme autant d’époques ou d’ère zodiacales pendant lesquelles la Tradition doit être transmise oralement et secrètement aux hommes dignes de la préserver. Ainsi, en cheminant vers la source qui nourrit la vigne, les hommes entrent en quête du Graal, la coupe d’abondance de la Co- Naissance en Dieu.