LE JOHANNISME

Nié
par certains, ignoré par d'autres, le Johannisme possède cependant, dans les
rangs de nombreuses sociétés initiatiques (ou se donnant comme telles) de
multiples thuriféraires. Mais, à les lire ou à les écouter, on se rend compte
que leur ignorance n'a d'égale que leur enthousiasme. Soucieux d'apporter notre
contribution à une saine compréhension du Johannisme, nous avons rassemblé ici
quelques articles à ce sujet.

SAINT JEAN L'EVANGÉLISTE

Frère
de Jacques le Majeur, Jean est originaire de BETHSABE, ou BEITHSAIDE
(étymologiquement, le lieu de pêche), localité située sur la rive sud du lac de
GÉNESARETH (étymologiquement, le jardin du Prince), ou de TIBERIADE, à deux
kilomètres à l'Est du point où le Jourdain pénètre dans le lac. Son père
ZÉBÉDÉE est un pêcheur de condition aisée. Sa mère, SALOMÉ est apparentée à la
Vierge Marie (sœur ? cousine ?).

Jean
est employé dans l'entreprise de pêche dirigée par son père avec comme associé
Simon Pierre.

C'est aussi un
disciple de Saint Jean Baptiste, qui lui fait connaître la doctrine des
Esséniens.

C'est au
printemps de l'année 28 de notre ère, que Jean va rencontrer Jésus. En
compagnie d'André, Jean entend Le BAPTISTE, son Maître, s'écrier à la vue de
Jésus : « Voici l'agneau de Dieu ». C'était la dixième heure.
Sans hésiter, Jean et André suivent Jésus et deviennent les premiers Apôtres.
(Année 28 = 2+8=10 : le nombre 10 marque le retour à l'unité, le passage à
un état supérieur).

Parmi les
Apôtres, Jean joue avec Pierre et Jacques, un rôle de premier plan. Qualifié de
disciple bien aimé, il est présent à
tous les évènements majeurs de la vie du Christ : Résurrection de la fille
de JAÏRE, Transfiguration, Préparation de la Cène, Agonie au jardin de
GETHSEMANI (pressoir à huile). Il est le seul apôtre qui soit présent au
GOLGOTHA, où Jésus lui confia Sa Mère avant d'expirer sur la Croix. Il est le
premier à reconnaître le Christ ressuscité.

Après la
Pentecôte, Jean (colonne de l'Eglise) se tient constamment auprès de Pierre.
Puis il quitte Jérusalem et gagne l'Asie Mineure, où il a de nombreux contacts
avec les écoles initiatiques grecques. Il s'installe à EPHESE, avec la Vierge
Marie.

Durant la
persécution de Domitien, il est emmené à Rome. Il sort indemne des supplices de
l'huile bouillante et du poison (origine de la fête de Saint Jean devant la
Porte Latine – 6 Mai). Il étonne ses gardiens en gardant le jeûne absolu et en
faisant des miracles. L'empereur l'exile dans l'île de PATHMOS, où il rédige
son Apocalypse. Libéré, il retourne à Ephèse, y écrit son Evangile et
meurt à 98 ans, sous le règne de TRAJAN (98-117).

Une légende
affirme que son corps déposé dans une fosse carrée située dans le chœur de
l'église d'Ephèse, se transforma en nuage de lumière.

Selon Saint
Jérôme, Jean, dans les dernières années de sa vie, aimait à répéter :
« aimez-vous les uns les autres. C'est le commandement du Seigneur. Même
si ce commandement est seul observé, cela suffit ».

Outre
l'Apocalypse, Saint Jean est l'auteur de trois Epîtres et du IVème
Evangile. De nombreux écrits apocryphes lui sont attribués, notamment les Actes
de Jean, Les Mystères Divins révélés à Jean, histoire de la Dormition de la
Sainte Mère de Dieu par Jean le Théologien.

LA MISSION DE JEAN

Deux passages
de l'Evangile selon Saint Jean nous éclairent sur la Mission de ce
dernier :

-« Près
de la Croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa Mère, Marie femme de
CLOPAS et Marie la Magdaléenne. Jésus, alors, voyant sa Mère, et auprès d'elle
le disciple qu'il aimait, dit à sa Mère : Femme voici ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, à partir de ce jour, le disciple la prit chez
lui ». (Jean XIV 25-27).

- Pierre, se
retournant, voit, les suivant, le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant
la Cène, s'était penché sur la poitrine de Jésus et lui avait dit :
« Seigneur, quel est celui qui va te livrer ? ». Pierre donc, en
le voyant, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, quoi ? ».
Jésus lui dit : « Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je revienne,
qu'est-ce que cela fait ? Toi, suis-moi ». Aussi le bruit se
répandit-il parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Pourtant Jésus ne
lui avait pas dit qu'il ne mourrait pas, mais « Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je revienne », qu'est-ce
que cela fait ? » (Jean XXI 20-23).

Le premier
passage institue Saint Jean gardien de
l'ésotérisme chrétien (la Vierge Marie étant le symbole du Temple et de
l'église). Le second confie à Saint Jean la
préparation du retour du Christ (Parousie).

SYMBOLISME ET ICONOGRAPHIE

Dans
l'iconographie Chrétienne, Saint Jean l'Evangéliste, « la louange de
Dieu », quand il n'est pas vêtu de rouge (la
sublimation – l'Esprit – l'Amour – la Pierre Philosophale – le Grand Œuvre
achevé), porte le manteau ou la tunique
verte (la vie – l'Espérance – le Spiritus Mundi – l'Initiation – la
Régénération).

C'est
le symbole des œuvres accomplies pour la Rénovation Spirituelle. On lui associe
comme pierre précieuse l'émeraude. Comme il fut, par ailleurs, le premier à
célébrer l'Eucharistie, on le représente imberbe (la jeunesse, la pureté, la
chasteté, la virginité), revêtu de vêtements sacerdotaux et portant le graal. Ce qui signifie qu'il détient la
Connaissance, la Gnose. Celle-ci est d'ailleurs le premier pilier du
Johannisme, le second étant l'Amour.

On
peut le voir sur les vitraux des cathédrales, baptisant par infusion des âmes,
représentées par des personnages nus et asexués. Il est donc le Maître de
l'Initiation et préside de ce fait à la
construction du Temple Mystique. Ne lit-on pas, dans l'Apocalypse,
« celui qui me parlait tenait une mesure – un roseau d'or – pour mesurer
la Cité, ses portes et sa muraille » ? (XXI – 15)

Le
symbole de l'Evangéliste est l'Aigle.
Dans l'antiquité, l'Aigle est un attribut de Zeus. C'est lui qui porte les foudres
de Jupiter. Et dans les mythologies les plus anciennes, l'Aigle, messager des
dieux, porte le feu du Ciel. Il s'élève au-dessus des nuées pour contempler la
lumière divine et les Mystères Divins. Symbole de l'Air, l'Aigle est
intermédiaire entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et l'Homme.

Saint
Marc relate dans son évangile (III-17) que Jésus imposa à Jacques et à Jean, le
nom de BOANERGES, c'est-à-dire Fils du
tonnerre. Manifestement, il s'agit là d'un nom initiatique. L'Eclair et le
Tonnerre sont deux symboles représentant la Parole de Dieu ; mais, si
l'Eclair est la parole Ecrite, le Tonnerre est l'ENSEIGNEMENT ORAL, seul capable de transmettre les Arcanes
Majeurs. Cela confirme que Jean et Jacques sont bien les Maîtres de l'ésotérisme Chrétien.

SYMBOLISME SOLAIRE ET INITIATIQUE

Des liens
existent entre Saint Jean le Baptiste et Saint Jean l'Evangéliste. Précurseur
de l'Ascèse Chrétienne, de l'Erimitisme et du Monachisme, le premier annonce le
prophétisme du second. Si Saint Jean le Baptiste est la miséricorde de Dieu,
l'Evangéliste en est la louange. Or, ainsi que le fait remarquer René Guénon,
la miséricorde est un acte descendant,
alors que la louange est un acte ascendant.

Ce
symbolisme se retrouve dans le cycle solaire annuel. Saint Jean le Baptiste,
dont la fête tombe le 24 Juin (3 jours après le solstice d'été), ouvre la phase
descendante du cycle solaire, alors que Saint Jean l'Evangéliste, fêté le 27
Décembre (6 jours après le solstice d'hiver), marque le début de la phase
ascendante du même cycle. Les deux Saint Jean sont les deux colonnes du Temple
de Salomon, le dieu latin Janus, ce dieu aux deux faces de l'Initiation, qui
ouvrait et fermait les portes du Temple. Les deux Saint Jean sont donc les
symboles des deux pôles de l'Initiation.

Saint
Jean le Baptiste, qui vécut avant le Christ et qui le baptisa dans le Jourdain,
est le vieil homme encore marqué par
l'animalité (tunique en poils de chameau – ceinture de cuir – nourriture à base
de sauterelles et de miel). Il s'oppose à Jean l'Evangéliste : l'homme Nouveau – celui qui a dépouillé
le vieil homme. C'est pourquoi l'Evangile place dans la bouche du Précurseur ce
verset : « Il faut qu'il croisse et que je décroisse » (Jean
III-30).

SAINT JEAN ET LES ESSENIENS

Jusqu'en 1947,
les ESSENIENS n'étaient connus que par les écrits de PHILON et de FLAVIUS
JOSEPHE, en dehors de quelques lignes que leur avait consacré PLINE L'ANCIEN.
La découverte des manuscrits à QÛMRAN (1947 – 1956), sur la rive occidentale de
la Mer Morte, a permis de préciser nos connaissances sur eux.

La fondation
des communautés esséniennes remonte au IIème Siècle avant Jésus
Christ. Elle correspond au massacre par l'inquisition Sacudéenne du Maître de
Justice, leur législateur. C'est dans ces communautés que les notions
chevaleresques d'origine zoroastrienne se sont implantées et ont fusionné avec
les conceptions judaïques. Les Esséniens se considèrent comme l'armée Sainte de
Dieu, qui doit combattre des fils de Bélial. Ils participent donc au Grand
Combat eschatologique entre les Fils de la lumière et les Fils des ténèbres.
Or, il existe des affinités entre les écrits Johannites et ceux des
Esséniens :

-
Le thème de la Révélation.

Pour les
Esséniens, la Révélation (YADAH ou GALAH) se fait par la lumière (par moi tu as
illuminé le visage de beaucoup. Dieu est la lumière du juste. Car de la
Fontaine de la Connaissance, il a fait jaillir sa lumière, ses yeux contemplent
ses merveilles et son cœur est illuminé par le secret de l'Avenir. Tu es pour
moi une Lumière éternelle). Il en est de même pour Jean.

-
La dualité.

Comme dans
Saint Jean, les Esséniens croient en un conflit entre la lumière et les
ténèbres. Et ce conflit prend des dimensions cosmiques. L'influence du dualisme
essénien est sensible dans la première Epître de Jean et dans l'Evangile. Jean
use des mêmes expressions que les Esséniens : Fils de lumière, Esprit de
Vérité.

Les dualistes
Essénien et Johannite ont en commun d'être monothéistes eschatologiques,
moraux.

Mais au
dualisme de Qûmran, durci par le déterminisme, rendu statique et imposé à
l'homme, Jean oppose un dynamisme fondé sur la foi et sur la Grâce qui donne à
l'homme la possibilité d'échapper aux forces des ténèbres avant le grand combat
eschatologique que nous voyons se dessiner dans l'apocalypse.

LE DUALISME JOHANNIQUE

Un dualisme dynamique, c'est-à-dire en
évolution constante, vers un but bien précis, se retrouve dans tous les écrits
Johanniques. Il s'exprime en couples
antithétiques : lumière-ténèbres, vérité-mensonge, vie-mort,
amour-haine, justice-péché, voir-fermer les yeux, voyant-aveugle. Même les
représentations de l'espace et du temps sont binaires : présent-futur,
passé-futur, haut-bas, ciel-terre, dedans-dehors. Ce dualisme se manifeste
comme un combat sur le plan cosmique et
sur le plan de l'humanité.

-
Dans l'Evangile, nous voyons la lutte des fils de la Lumière
contre les fils des Ténèbres, des voyants contre les aveugles, du Christ contre
Satan.

-
Dans la Première Epître, les Chrétiens fidèles au Christ
s'opposent aux dissidents, aux antéchrists dans une atmosphère de lumière pour
les premiers et de ténèbres pour les seconds.

-
Dans l'Apocalypse, la lutte s'élargit pour prendre des
dimensions cosmiques. Les combats du futur se placent en surimpression de ceux
du passé (ainsi les plaies d'Egypte dont nous parle l'Exode sont réutilisées
dans le cycle des sept coupes et des sept trompettes). Les visions se
superposent : la Femme contre le Dragon, Michel contre le Dragon, l'Enfant
contre l'image de la Bête.

Les écrits
Johannites se sont inspirés de plusieurs sources : l'Ancien Testament (les
prophètes), Qûmran, la Gnose, l'Hellénisme. D'où le fait que le dualisme
Johannique prend une valeur universelle :

-
C'est l'aboutissement des spéculations bibliques sur la Parole
de Dieu qui se spécifie sous la forme de la Loi qui devient peu à peu lumière
(la lumière prophétique – la justice qui brille).

-
C'est la reprise du dualisme essénien (opposition de l'homme
et du Cosmos – opposition des deux esprits offerts par le Seigneur à l'Homme –
lutte de la Lumière et des fils des Ténèbres – opposition du Présent et du
Futur).

-
La contribution de la philosophie grecque réside dans
l'opposition corps-âme, matière-esprit.

Saint Jean
reprend le thème Platonicien de l'ombre de la Caverne et de la Lumière Solaire,
et de l'antithèse entre Connaître et se tromper.

La
Gnose est, à l'époque, la Religion de la Lumière. C'est par la Lumière que
l'homme assure son salut. C'est là un thème nettement exprimé dans la Première
Epître.

Ainsi
le dualisme Johannique s'est-il enrichi de plusieurs stratifications nouvelles
dans une relation d'opposition, mais aussi de complémentarité. A travers le
niveau Cosmique (jour-nuit) s'est élaboré un niveau métaphysique
(vérité-erreur) et un niveau moral (amour-haine). Mais ce dualisme, avec
l'Incarnation du Christ et avec son Retour (Parousie) tend vers une union
finale du Ciel et de la Terre.

LE THÈME DE LA LUMIÈRE

Face aux
ténèbres inductrices d'aveuglements, d'erreurs, d'embûches, de souffrances et
de mort, se dresse la lumière
révélatrice et purificatrice qui vient du ciel.

-
La lumière est d'abord une
gloire que l'on reçoit. C'est la manifestation du visage de Dieu dévoilé en
Jésus. Cette gloire est dispensée à la mesure de la foi : « Si tu
crois, tu verras la Gloire de Dieu » (XI. 40). Exprimant la présence
active et lumineuse de Dieu, la Gloire en vient à désigner la rédemption où
Jésus a été glorifié.

-
La lumière est une parole de vérité qu'on entend. Le Logos (le
Verbe) étant la Vraie Lumière, la vision de celle-ci donne la clairvoyance dans
les mystères. Vision et Parole sont des termes interchangeables.

-
La Lumière est
connaissance. Le Connaître est le Voir dans la mesure où il est Amour. Il
est don et grâce (de sa plénitude nous avons tout reçu, lui qui est plein de
Grâce et de Vérité). Connaître, c'est naître avec la lumière.

-
La lumière est vérité.
A plusieurs reprises, Jean établit un rapport entre la Vérité et la Parole. Or,
la vérité est ce qui est dévoilé, ce qui est mis en lumière. D'ailleurs, le
Christ a dit « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». Cette vérité
n'est pas statique, elle est dynamique. L'homme n'accède que progressivement à
la Lumière.

-
La lumière est liberté.
La Parole de vérité est libératrice (VIII-31.37). Etre libre, c'est avoir été
libéré, c'est recevoir la vie, la filiation divine. Encore faut-il connaître
son esclavage et accepter d'être attiré par la source de vie (Consacre-les dans
la Vérité).

-
La lumière est
entendement. La Parole, on la voit, mais on l'écoute aussi. Cette écoute
est de l'ordre de l'entendement. La Révélation est offerte à l'homme, mais elle doit être accueillie, comprise,
assumée. La foi n'est pas un but en elle-même. Ce n'est qu'un moyen d'atteindre
la Vie, l'état primordial.

-
La lumière est jugement.
En émergeant des ténèbres, la lumière opère une séparation, une distinction.
Dans l'évangile Johannique, on remarque que, face à une parole, face à une
action du Christ, il s'opère automatiquement une séparation entre ceux qui acceptent et qui s'engagent et ceux
qui refusent et se détournent.

LA NOTION DE VERBE

Parmi tous les
titres que Saint Jean donne au Christ, celui qui paraît le plus singulier,
c'est celui de Verbe. Ce titre a
ceci de particulier que jamais le Christ ne le revendique.

Le
mot Verbe est la traduction du grec logos qui signifie normalement la parole. Or, si dans notre quotidien, la
parole est toujours celle de quelqu'un, on s'aperçoit que, chez Saint Jean, la
parole a un caractère personnel.
C'est donc un être. Et nous en avons
la confirmation dans le fait qu'elle s'est faite chair, c'est-à-dire un homme
concret. Le mot Verbe désigne donc le contenu de la Parole et la réalité
existentielle personnelle de la Parole Unique. En donnant au Christ le nom de
Verbe, Saint Jean a voulu nous introduire plus avant dans les mystères divins.

L'origine
de ce Verbe nous est clairement signifiée : le Verbe était auprès de Dieu
dès le commencement, avant que ne parut le Cosmos et les premières créatures.
Son existence, au delà du commencement, permet au Verbe d'embrasser tout le temps, tout l'espace, toute la Création. Il
coexiste à tout ce qui vient au monde parce qu'il était avant que rien ne fut.
Dans le Prologue, nous lisons : « au commencement était le
Verbe ». La référence au « commencement de la Genèse » est
manifeste. Mais Saint Jean se montre plus précis. Si, selon la Genèse, Dieu
crée le Ciel et la Terre par un acte d'où est issu l'Univers, le prologue
remonte plus loin en expliquant qu'au commencement, il y avait déjà Dieu et le Verbe et en ajoutant que l'acte initial de la création fut l'œuvre
du Verbe : « tout fut fait
par lui ». Le Verbe est donc préexistant à la Création.

Et
le Prologue d'identifier la sagesse et
la parole. Jésus, qui est le Verbe, est la Parole de Dieu. Il en est aussi
la Sagesse, c'est-à-dire cette Parole sans mots qui s'exprime à travers le
monde, sa structure et son histoire. Cette Parole que le cœur de l'homme est
fait pour accueillir et qu'il lui arrive d'exprimer dans son langage.

Toute
cette conception du Verbe est très proche de celle de l'Hermétisme et de celle
des Gnostiques.

Saint
Augustin n'écrit-il pas : « Vous m'avez procuré certains livres des
Platoniciens, traduits du Grec en latin. Et là, j'ai lu, non en propres termes,
mais dans un sens semblable, appuyé de quantités de raisons de toutes
sortes : qu'au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le
Verbe était Dieu ».

Mais
Saint Jean ajoute un fait capital : « Et le Verbe s'est fait chair et
il a habité parmi nous et nous avons vu sa Gloire » (Jean 1-14). Et Saint
Jean d'illustrer dans son évangile combien ce fait est au cœur du mystère du salut et une des pierres fondamentales de la
doctrine Chrétienne.

D'ailleurs
le Prologue de l'Evangile dans lequel nous sont exposés les attributs du Verbe
est un texte hautement Hermétique. C'est pour cela qu'il doit se lire à la fin
de la messe, à voix basse, le missel fermé, le corps légèrement tourné vers le
Nord-Est.

LES ECRITS JOHANNIQUES

Différents par
le style, la composition et le but, les écrits Johanniques offrent, à première
vue :

-
pas de composition logique

-
peu de particules de liaison, mais des termes qui reviennent à
plusieurs reprises. Chacun ressemble à
une tour où les étages se ressemblent, mais où l'on monte en spirale.

Ces thèmes
s'interpénètrent en des termes variés et parallèles (le Verbe est la Vie et la
Vie est la lumière des hommes). Aussi, tous les thèmes se fondent finalement
dans une grande unité. Etudier un thème, c'est choisir un point de vue pour
dominer l'ensemble, et l'ensemble est le même quel que soit le point de vue.

Le procédé de
base de la construction Johannique est la reprise : on commence par la fin
et on finit par le commencement. Saint Jean utilise aussi l'inclusion
(reprendre à la fin d'un passage un thème qui se trouvait à son commencement)
et le Chiasme (formé par une série d'Inclusions emboitées les unes à
l'intérieur des autres et organisées autour d'un centre. C'est ainsi que le
Prologue forme un Chiasme autour du verset : devenir enfant de Dieu).

Il y a aussi les mots clefs. Saint Jean utilise 1011
mots contre 1691 dans Matthieu, 1345 dans Marc et 2055 dans Luc. Mais le
vocabulaire Johannique se distingue par l'intensité et les mots clefs les plus
répétés suggèrent les thèmes de son Evangile. A titre indicatif, voici les plus
importants dans les Evangiles.

Matthieu

Marc

Luc

Jean

Aimer - Amour

9

6

14

44

Vérité

2

4

4

46

Connaître

20

13

28

57

Je Suis

14

4

16

54

Cosmos

8

2

3

78

Vie

7

4

5

36

Père

45

4

17

118

Témoin – Témoigner

4

8

5

47

Dans
l'Apocalypse, quatre lois régissent la composition :

- la loi de l'emboîtement par laquelle on anticipe sur la scène
suivante, de sorte que chaque mouvement se rattache au précédent.

- la loi des ondulations qui fait que l'auteur répète les mêmes
successions d'évènements sous des formes différentes.

- la loi de perpétuité de l'antithèse dans les détails et dans
l'ensemble.

- la loi de périodicité de l'antithèse qui se place à la fin des
visions préparatoires qui précèdent les septénaires et à chaque sixième phase
de ceux-ci.

Ces
quelques notions sommaires sur la composition des écrits Johanniques montrent
que nous sommes en présence de constructions
géométriques en mouvement.

LE SYMBOLISME DES ÉLÉMENTS

Le
cosmos est le cadre dans lequel se
déroule l'évolution spirituelle de l'humanité. Pour Saint Jean, il est
d'ailleurs lié au devenir de
l'homme. L'évènement de la Jérusalem Céleste s'accompagne de l'apparition d'une
terre et d'un ciel nouveaux.

Les
éléments du Cosmos sont le milieu naturel et universel de toute nature vivante
en général et de tout chrétien en particulier. L'expérience du Cosmos est une
relation primordiale qui traduit elle-même la relation avec le Divin.

Saint
Jean reprend les éléments traditionnels des écoles initiatiques antiques
(Terre, Air, Eau, Feu) et les oppose deux à deux (Terre-Air et Eau-Feu).

La Terre, monde chtonien de l'opacité,
des ténèbres, de la mort, de l'enfer, de la chair, s'oppose au monde de l'air où règnent l'Esprit et la
Lumière.

L'eau et le feu sont ennemis par
nature. Mais ils s'associent cependant dans l'acte de purification. Principe de
l'indifférencié et du virtuel, l'eau
est matrice de toutes les possibilités. Elle représente l'état préformel de la
création, et l'immersion dans l'eau équivaut à une régénération, à une nouvelle
Naissance. Purificatrice, l'eau lave de toute souillure, mais elle procure
aussi la possibilité de passer à un état supérieur (Baptême, Lavement des
pieds). Elle est assimilée à la Vie (entretien avec la Samaritaine) et à
l'Esprit lorsqu'elle est transformée en vin (Noces de Cana).

Le feu est associé au Baptême dans
l'Esprit Saint. Vivificateur, il est Parole et Vie.

L'Air est considéré par Saint Jean
comme la quintessence des éléments.
Sa transparence en fait le symbole le plus adéquat pour représenter la Lumière et l'Esprit. Dans son
entretien avec Nicodème, Jésus déclare : « Le vent souffle où il veut
et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en
est-il de quiconque est né de l'Esprit » (Jean III-8). Le Paraclet
s'approprie toutes les qualités de l'Air (mouvement, expansion). Mais Saint
Jean l'enrichit de fonctions
d'enseignement : « Paraclet vous enseignera et vous rappellera de
sorte que vous n'avez plus besoin qu'on vous enseigne » (Jean XIV.26 et 1ère
Epître II.27).

LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Dans tous ses
écrits, Saint Jean fait un large emploi du symbolisme des Nombres.

1, est le symbole de l'Unité et
de la Divinité (il n'y aura qu'un troupeau, qu'un pasteur – Moi et le Père
sommes un).

2, la dualité ou la
complémentarité est présent implicitement dans tous les couples antithétiques –
(voir aussi les deux témoins de l'Apocalypse).

3, la perfection, l'harmonie, se
trouve dans la Trinité.

4, la matière, les éléments, le
monde physique, les fléaux (les quatre vivants, les quatre jours de Lazare dans
le tombeau, les quatre cavaliers de l'Apocalypse : la maladie, la famine,
la guerre, les faux prophètes.

5, le Karma (les cinq arcades de
la piscine de Bethseda, les cinq maris de la Samaritaine).

6, la Création, le changement
d'état (les 6 jarres des Noces de Cana – l'entretien avec la Samaritaine a lieu
à la 6ème heure).

7, les piliers de la Sagesse, les
Rayons de la Tradition. Les sept plans de la Création, les dons du Saint
Esprit, la Perfection, la plénitude (les 7 miracles de l'Evangile – les sept
Eglises d'Asie – les sept trompettes – les sept coupes – les sept sceaux – les
sept visions de l'Apocalypse – l'Esprit à la flamme septiforme).

9, la Création spirituelle, la
naissance, l'Amour (les neuf jours de l'Evangile)

10, l'aboutissement, le nouveau
départ, la Tétraktys (les dix cornes de la Bête – Saint Jean rencontre le
Christ à la dixième heure).

12, les cycles du temps, le
zodiaque, les tribus d'Israël, le monde céleste (les douze assises, les douze
portes de la Jérusalem Céleste, les douze fruits de l'arbre de vie, les douze
apôtres, les douze trônes).

21, ou 3x7, la triple perfection
(les XXI chapitres de l'Evangile).

22, les lettres de l'alphabet
Hébraïque, les lames du tarot, de la Kabbale, la Science Secrète (les XXII
chapitres de l'Apocalypse).

24, ou 2x12, les juges de
l'Univers (les 24 vieillards de l'Apocalypse)

144, ou 12x12, la perfection du
temps, l'Eternel Présent (les 144 coudées de la muraille de la Jérusalem
Céleste).

153, la valeur secrète de 17, le
nombre du Christ (les 153 poissons de la pêche miraculeuse).

666, le nombre de la Bête

1000, une longue durée (le
millénium)

144.000 ou 144x1000, le nombre
des élus.

On
remarque que Jean insiste beaucoup sur le nombre
sept. En général, sept, c'est 4 (la matière) dominée par 3 (l'Esprit).
C'est aussi l'universalité du temps (les 7 rayons de la Tradition) de l'espace
et de la Création (les 7 plans – les 7 corps de l'homme). C'est le nombre de
l'Esprit (les sept piliers de la sagesse, les sept dons de l'Esprit). Aussi,
les lettres aux sept Eglises d'Asie (Ephèse – Pergame – Smyrne – Thyatire –
Sardes – Philadelphie et Laodicée) sont-elles à analyser à la lueur des sept rayons de la Tradition.

LES SEPT MIRACLES DE L'EVANGILE

Parmi
les miracles accomplis par le Christ, Jean en sélectionne sept :

-
Les noces de Cana (II 1-11)

-
La guérison du fils d'un fonctionnaire royal (IV 46-54)

-
La guérison du paralytique à la piscine de Bethzatha (V 1-9)

-
La multiplication des pains (VI 1-15)

-
La marche sur la mer (VI 16-21)

-
La guérison de l'aveugle né (IX 1-7)

-
La guérison de Lazare (XI 1-44).

Le vocabulaire
johannique ne parle pas de faits miraculeux, mais de signes et d'œuvres. Pour Jean, le signe est un acte posé par Jésus
qui manifeste ainsi sa gloire, et cet acte renvoie à l'instant où le Christ
manifestera définitivement sa Gloire : l'heure de sa mort sur la croix.

On observe
aussi que le miracle de Cana est un miracle d'eau, ainsi que le troisième et le
cinquième, alors que les miracles 2 et 4 sont des miracles secs. Cependant au
sixième (Aveugle né) le Christ ajoute « va te laver dans la piscine de
Siloé », ainsi le sixième miracle procède d'une mixité et le septième
miracle (Lazare) est un miracle sec.

LES JE « SUIS » JOHANNITES

Les exégètes n'ont pas été sans
remarquer l'abondance des affirmations du Christ commençant par « je
suis » dans l'Evangile Johannite. C'est ainsi que nous relevons quelques
exemples :

-
Je suis le pain de vie (VI -35)

-
Je suis le pain descendu du ciel (VI – 41)

-
Je suis le pain de vie (VI – 48)

-
Je suis le pain vivant descendu du ciel (VI – 51)

-
Je suis la lumière du monde (VIII – 12)

-
Si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez (VIII –
24)

-
Avant qu'Abraham ne fut, moi je suis (VIII – 58)

-
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du
monde (IX – 5)

-
Je suis la porte des brebis (X – 7)

-
Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera
sauvé (X -9)

-
Je suis le bon pasteur (X – 11)

-
Je suis la Résurrection et la Vie (XI – 25)

-
Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie (XIV – 6)

-
Je suis la vraie vigne (XV – 1)

-
Je suis la vigne et vous êtes les sarments (XV – 5)

-
Qui cherchez-vous ? Jésus de Nazareth dirent-ils – Jésus
leur dit : Je le suis. Quand donc il eut dit : « Je suis »,
ils reculèrent et tombèrent (XVIII – 4-6)

-
C'est donc toi-même qui le dit : je suis roi, je suis né
et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité (XVIII – 37)

Premières remarques

-
Il n'y a pas un seul « Je suis » dans les trois
premiers chapitres de l'Evangile. Le premier apparaît sous une forme atténuée
dans le dialogue avec la Samaritaine : « Le Christ nous annoncera
toutes ces choses. Je le suis, moi qui te parle » (IV-26).

-
Les « Je suis » apparaissent beaucoup plus que de
simples paroles. Preuve nous en est donnée au moment de l'arrestation. Dès que
Jésus prononce « je suis », les gardes se reculent et tombent. Les
« je suis » ont donc un caractère magique et mettent en action la
puissance divine.

-
Incontestablement, le « je suis » Johannite renvoie
au « Je suis celui qui suis » de l'Exode.

« Je suis celui qui suis »

« Moïse
dit à Dieu : Voici que je vais aller vers les enfants d'Israël et je leur
dirai : le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. S'ils me demandent quel
est son nom que leur répondrai-je ? Et Dieu dit à Moïse : Je suis
celui qui suis. Et il dit : c'est ainsi que tu répondras aux enfants
d'Israël : Je suis m'a envoyé vers vous ». (Exode III – 13-15)

Cette
affirmative divine a suscité de nombreux commentaires. On a fait surtout
remarquer que Dieu avait dit : « Je suis celui qui suis » et non
« je suis celui qui est ». Si le « je suis » est la marque
de la puissance, l'expression « celui qui suis » est de nature
métaphysique. Dieu est le seul être dont l'Essence implique l'existence, le
seul être dont l'existence ne dépend que de lui. « Je suis parce que je
suis » pourrait être une des traductions les plus exactes de l'affirmation
divine.

Retour aux « Je suis » Johannites

Il
y a dans tous les « je suis » johannites une double implication.

-
Le « Je suis » johannite ne veut pas dire
immédiatement « je suis celui qui a dit à Moïse : je suis celui qui
suis » car le Christ marque bien la distinction entre les personnes du
Père et du Fils.

-
Mais en parlant comme son Père parlait à Moïse, Jésus
s'identifie au Père.

Comment résoudre cette
contradiction ? Tout simplement par la distinction de l'Essence et des
Personnes. En Dieu, il n'y a qu'une seule Essence mais trois Personnes
distinctes (le Père, le Fils et le Saint Esprit).

Le « Je suis » de Moïse
et le « Je suis » Johannite sont une seule et même parole dite par
deux voix : celle du Père et celle du Fils.

Mais les « Je suis »
Johannites peuvent aussi se classer en deux catégories :

-
les « Je suis » absolus qui identifient en Essence
le Christ à Dieu

-
les « Je suis » qui marquent une identité entre le
Christ et les réalités mystérieuses (le pain, la lumière, la porte, le chemin,
la vérité, la vie, la vigne, le bon pasteur).

Dans ce dernier type de
formulations, il existe certes une identification à l'Essence divine mais au
second plan seulement. Le premier étant l'évocation de dons ou de promesses
divines. Ce lien entre le « je suis » et le don qu'il apporte est
souligné par la tournure « je suis celui qui suis ». Citons :

-
Je suis le pain de Vie, celui qui me mange vivra éternellement
(VI - 51)

-
Je suis la lumière du monde, celui qui me suivra ne marchera
pas dans les ténèbres, mais aura la lumière et la vie (VIII – 12)

-
Je suis la porte, celui qui entrera par moi sera sauvé (X – 9)

-
Je suis la vigne, celui qui demeure en moi et en qui je
demeure, celui-là donnera beaucoup de fruits (XV – 5)

Par ailleurs, le « Je
suis » johannite est souvent accompagné d'une exclusion marquant le fait
que la voie est unique. Citons :

-
Je suis vivant descendu du ciel. Si vous ne mangez la chair du
fils homme vous n'aurez par la vie en vous (VI – 51-54)

-
Je suis la porte. Celui qui n'entre pas par la porte de
l'enclos des brebis, mais l'escalade par un autre point, celui-là est un voleur
et un brigand (X)

Ce caractère exclusif renvoie au
prophète Isaïe : « C'est moi YHWH et il n'y a pas d'autre sauveur que
moi (XLIII – 11)

Ainsi donc, le
« Je suis » johannite concentre sur la personne du Christ, toutes les
espérances messianiques. Celles-ci se résument souvent en un mot : la vie.
Jean nous parle du pain de vie, de la lumière de la vie. Or la vie est une
force qui se manifeste par l'Esprit. Conformément à la Bible, Jean affirme que
Dieu, le Vivant par excellence est la seule source de Vie. Jean saisit la Vie
dans le Verbe préexistant, dans la force créatrice. Jésus n'apporte pas
seulement la Vie, IL EST LA VIE lui-même du fait de sa divinité ; Mais
cette vie signifie non une durée, mais l'Eternel Présent, la vie primordiale.
C'est pourquoi elle est aussi assimilée à la Lumière. Toutes les promesses de
l'Ancien Testament sont ainsi présentes dans le Christ puisqu'il est, par
excellence, la Promesse.

Mais
le Christ n'est pas seulement l'Incarnation des promesses messianiques. Il est
aussi celui qui parle et celui qui donne. Mais il le fait à la façon unique de
Dieu : en se distinguant des faux Dieux et des Illusions. Aussi,
engage-t-Il l'Avenir.

YHWH,
en affirmant à Moïse « je suis », disait aussi « je serai avec
toi » (exode III – 12), de même en disant « je suis », le Christ
le fait souvent suivre par un verbe au futur. Citons :

-
Je suis le pain de vie. Celui qui viendra à moi, n'aura pas
faim et celui qui croira en moi n'aura jamais soif (VI – 35)

-
Je suis la lumière du monde. Celui qui me suivra ne marchera
pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie (VIII – 12)

-
Je suis la porte, celui qui entrera par moi sera sauvé (X – 7)

Enfin, en concentrant en Jésus
tous les dons messianiques, on fait de sa personne le Don Suprême.
Citons :

-
Oui, Dieu a aimé le monde au point de donner son fils unique
pour que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais aient la Vie
Eternelle (III – 16)

-
Si tu savais le Don de Dieu et qui est celui qui te parle (IV
– 10)

Le mot Don (du grec dôron, dôrea,
didomi, donner) désigne non seulement ce qui est donné mais surtout il insiste
sur la gratuité et le désintéressement du donateur. C'est donc un acte de pur
Amour.

Ainsi
à travers les « je suis » Johannites se précise la Mission de Jésus
dans le monde et ses relations avec le Père.

LE DIVIN EN NOUS

La
Tradition nous apprend qu'au centre de chaque être humain existe la Présence
Divine appelée Corps Divin – Etincelle Divine – Lumière Intérieure – La
Présence – le Ayam – le Christ en soi – le Dieu en soi.

Cette
présence se trouve pour la plupart des hommes à l'état latent. Mais il est
possible par l'étude, par la méditation et par la pratique de certains
exercices d'amener le corps Divin à prendre possession de l'être tout entier.

Or,
le « je suis » s'identifie à cette présence Divine en nous.

Jésus
a enseigné que l'homme, du point de vue individuel, doit comprendre l'infini
par l'extension sans limite de son propre esprit et rejoindre l'Esprit
Universel comme un fils retourne à la maison du Père. Quand l'individu
comprendra que l'Union existe en lui, que le « je suis » est un
principe sans fin qui ne meurt pas, il comprendra que tout le principe d'être
est en lui-même, pas seulement le Mot mais la loi et les paroles du Christ
seront compréhensibles pour lui.

Chargés
de puissance et d'amour, les « je suis » sont à la base des rituels
dit de l'AYAM qui ont pour objet d'éveiller la présence Divine qui est en nous.
(Précisons qu'il existe de nombreuses contrefaçons de ces rituels en magie
noire, d'où la nécessité de l'Esprit de discernement).

L'AMOUR JOHANNITE

Le
Johannisme possède deux piliers : la Gnose et l'Amour. Nous avons montré
auparavant l'importance de la Gnose, nous ne consacrerons que quelques lignes à
l'Amour, car ce dernier ne s'explique pas, mais se vit.

Le
IVème Evangile est l'Evangile
de l'Amour : Dieu a aimé le monde (III – 16). Il aime le Christ
(III-35—XV-9). Le Christ aime les siens jusqu'à mourir pour eux (XIII – 1) et
les chrétiens doivent réaliser, non seulement la Communion avec le Christ (donc
avec Dieu), mais aussi avec leurs frères (XIII – 34). L'Amour de Dieu étant le
modèle vers lequel doit tendre l'Amour humain.

Dans
sa première Epitre, Jean révèle que Dieu
est Amour et que les chrétiens, enfants de Dieu, sont appelés à aimer, et
que pour aimer Dieu, ils doivent s'aimer entre eux. Puis Jean s'en prend à ceux
qui affirment que la Connaissance est au-dessus de l'Amour. Il souligne que la Gnose véritable est un courant où la
Connaissance et l'Amour sont liés de façon indissoluble. On ne peut pas
connaître Dieu sans l'aimer et sans aimer ses frères (IV – 7-21).

Pour
Saint Jean, la Mystique Chrétienne commence avec l'Amour du Christ pour l'homme
(un amour pur, désintéressé), et les hommes progressent en gardant le
commandement nouveau, en s'aimant les uns les autres « comme je vous ai
aimé ». C'est un amour qui ne cherche pas son intérêt, mais le bien de
l'autre. Le Christ demande de reconnaître les autres, avec leurs insuffisances,
leur hostilité à notre égard, et de les aimer malgré tout, comme Dieu les aime.

LA GÉOGRAPHIE DE SAINT JEAN

Géographiquement
la « terre d'Israël » appelée par la suite la Palestine formait un
quadrilatère de 25O kilomètres de long sur 100 de large (en moyenne). Avec ses
25 000 Km2, sa superficie équivaut à celle de la Belgique.

Le
pays accidenté, comprenait quatre bandes parallèles :

-
La plaine côtière

-
Une zone de montagnes et de collines

-
Une dépression marquée par le cours du Jourdain et par la Mer
Morte

-
Les plateaux de Transjordanie.

Au début de
notre ère, la Palestine comportait trois provinces à l'ouest du Jourdain :
La Galilée, la Samarie et la Judée et une à l'est : la Pérée.

Or, toutes les
traditions sacrées distinguent les quatre points cardinaux :
Nord-Sud-Est-Ouest, et l'orientation d'un territoire le rend sacré.

La Palestine
est orientée exactement Nord-Sud et cet axe est matérialisé par le Jourdain qui
descend de l'Hermon (2750m) pour se jeter dans la mer Morte (-397m). L'axe
secondaire Orient-Occident passe à peu près au milieu de la Samarie.

Les quatre
directions de l'espace sont désignées par les lettres QOF, RESH, TAW, SHIN.

Les correspondances sont :

-
Shin – le Nord – la main droite d'Adam

-
Taw  - le Sud – la main
gauche d'Adam

-
Quof – l'Orient – la nuque d'Adam

-
Resh – l'Occident – les pieds d'Adam.

C'est donc dans un espace
orienté que Saint Jean fait évoluer le Christ :

La
Galilée dite le Cercle des Nations est :

-
le lieu des années obscures

-
le lieu où le Christ retourne périodiquement

-
le lieu du premier miracle : CANA

La vallée du
Jourdain est :

-
le lieu du témoignage du Baptiste

-
le lieu du Baptême

La Samarie
est :

-
le symbole du monde non Juif

-
le lieu de la moisson eschatologique

La Judée
est :

-
le lieu où l'existence du Christ est toujours menacée

-
le lieu de l'Incarnation

Jérusalem,
centre du monde Johannite est :

-
le lieu du culte et de l'adoration du fait que c'est là qu'est
le Temple

-
le lieu de la Révélation (le Christ y prêche souvent) et celui
du refus (les Juifs refusent le Messie)

-
le lieu de la continuité du Dessein Divin. Ezéchiel avait eu
dans le Temple,  la vision du Christ. En s'y manifestant, Jésus
authentifie la Tradition religieuse de la ville et la sublime.

-
La préfiguration de la Jérusalem Céleste.

JEAN, GARDIEN DE L'ÉSOTÉRISME CHRÉTIEN

Comme
la plupart des religions, le christianisme possède un enseignement exotérique (élémentaire – diffusé au plus grand
nombre) et un enseignement ésotérique
(profond – réservé au petit nombre, c'est-à-dire à ceux qui font l'effort
suffisant pour le recevoir).

Certes,
la majorité des responsables des Eglises Chrétiennes actuelles se refuse à
admettre l'existence d'un ésotérisme chrétien. Pourtant les preuves de son
existence dans l'Eglise Primitive ne manquent pas. Il suffit de relire les
Evangiles, les Epitres, l'Apocalypse et les Pères de l'Eglise. Il suffit de se
reporter aux travaux d'historiens concernant les premières communautés
chrétiennes.

Historiquement,
exotérisme et ésotérisme ont coexisté au sein de la religion chrétienne jusqu'à
la fin du IVème siècle. Puis, l'ésotérisme, ignoré ou banni par la
religion officielle, se réfugie souvent en dehors des cadres officiels de l'Eglise.
Mais il va de soi que les ésotérismes chrétiens restent l'Eglise fondée par le Christ.

On
retrouve l'ésotérisme chrétien chez des
religieux (Saint Colomban – Saint Bernard – Saint Bonaventure – Saint Bruno
– Saint François d'Assise...) chez des laïcs
(Dante – Léonard de Vinci – Jacques Cœur ...), chez des organisations initiatiques ou religieuses (Catharisme –
Ordre du Temple – Christianisme Celtique – Fidèles d'Amour – Mouvement
Rosicrucien du XVIIème siècle – Ordre Martiniste), chez les Alchimistes.

L'ésotérisme
chrétien, qui englobe toutes les disciplines Traditionnelles, est la
sublimation de l'Esotérisme antique, qu'il soit d'Orient ou d'Occident
(collèges sacerdotaux égyptiens – écoles de mystères grecques – Druidisme –
Taoïsme – Hindouisme – Bouddhisme...). Il a donc un caractère universel et n'a de but que celui d'élever l'homme vers le Divin.

JEAN VU PAR MEYRINK

Dans son livre
« Le Dominicain Blanc », l'écrivain Gustav Meyrink, qui fut un
authentique initié fait dire à l'un de ses personnages : « Regardez
donc ce tableau accroché au mur : la CENE de Léonard de Vinci. Pour chacun
des disciples de la CENE, la mission à
laquelle est appelée son âme est exprimée symboliquement par la position des
mains et des doigts. Chez tous, la main droite est active, soit qu'elle
repose sur la table dont le bord est divisé en seize parties, soit qu'elle est
jointe à la gauche. Judas ISCARIOTE est le seul chez qui la main gauche est
active et la droite fermée. Jean l'Evangéliste, de qui Jésus a dit qu'il demeurait,
Jean l'Evangéliste a les mains jointes : il est l'aimant qui n'en est plus
un. Il est un anneau dans la chaîne de
l'Eternité. Il n'est plus un errant, un voyageur ».

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